• Vous êtes ici :
  • Actualités

Le rideau est tombé sur Jacques Fonson (1931-2017)

Une gentillesse exceptionnelle, une mémoire plus exceptionnelle encore, tels sont les souvenirs de ma première rencontre avec Jacques Fonson, en 2011, non loin de la tour Eiffel, à deux pas de la Maison de Balzac. Deux ans plus tôt, il avait contacté les Archives & Musée de la Littérature en vue d’y léguer ses archives, et surtout celles de son père, Lucien (directeur du Théâtre des Galeries de 1924 à 1972) et de son grand-père, Frantz, co-auteur avec Fernand Wicheler, du célèbre Mariage de Mademoiselle Beulemans.

Jacques Fonson fut un comédien d’exception. Il avait de qui tenir. Davia, sa mère, s’était distinguée comme chanteuse d’opérette – une allée du jardin du Ranelagh dans le XVIème porte son nom –, et son père, comme homme de théâtre bruxellois.

Vignette : Jacques Fonson avec le clown Popov du Cirque de Moscou, à Bruxelles en 1958 - Archives Jacques Fonson, MLT 04084/0008.

Si le "petit Jacques" se produit en 1945, avec sa soeur, dans Asmodée de Mauriac mis en scène par son père – la première est donnée le 25 septembre, à Anvers, "au bénéfice des premières victimes du déminage en rade du port d’Anvers" –, c’est l’année suivante, âgé d’à peine 15 ans, qu’il fait ses débuts dans Le Fils de personne d’Henry de Montherlant aux côtés de son parrain, Maurice Escande. Ce dernier signe la mise en scène. Lui interprète Gillou.

Impossible d’énumérer tous les rôles d’une carrière qui embrasse aussi bien le tragique que le comique. Jacques Fonson crée en français, au Théâtre royal des Galeries (Bruxelles), le rôle de Jacques Delisi dans Gare à toi, Jacquot adapté de Pensaci, Giacomino ! de Luigi Pirandello.

C’est à Paris, toutefois, et en France, qu’il donne la pleine mesure de son talent. Il y côtoie Madeleine Renaud et Jean Louis Barrault ; interprète l’humoriste Cami, Rostand, Ionesco et bien d’autres, et fait bien sûr merveille dans le rôle d’Albert Delpierre, jeune premier du Mariage de Mademoiselle Beulemans.

Sa grande fierté était d’avoir créé "L’Autre Théâtre" à Bruxelles où il programma de 1953 à 1954 des spectacles "dont l’attrait ne réside pas essentiellement dans la présence de l’une ou l’autre vedette de l’écran ou dans le choix d’une pièce qui a pour vertu principale d’avoir été jouée 400 ou 500 fois à Paris, mais bien dans la présentation de comédies dont le ton, la valeur, la mise en scène, la distribution forment un tout d’une homogénéité qui rejoint par-là, le sens du vrai théâtre de qualité".

En avril dernier, il nous confiait que, si Aimé Declercq n’avait pas possédé des parts substantielles du Théâtre royal des Galeries, il y aurait succédé à son père et se serait installé dans la capitale belge.

Chaque année, je le retrouvais, l’oeil éveillé. En 2016, il nous confiait une lettre de Fernand Crommelynck ; cette année, un exemplaire des "Nouveaux Pauvres", comédie en un acte publiée par Jean-François Fonson en 1917. Son dernier don fut un buste de bronze à la cire perdue qui représente son grand-père, Frantz. Après avoir été exposé à Arlon en avril-mai de cette année, dans le cadre de l’exposition 130 ans de théâtre belge, de Maeterlinck à Guy Denis, l’oeuvre signée Eugène de Bremaecker a rejoint notre salle de lecture.


Vincent Radermecker


PS : Une interview de lui est audible sur notre site. Ses archives Fonson sont accessibles via la cote ISAD 00031.